Pourquoi les serres sont-elles mauvaises pour l’environnement ?

On installe une serre au fond du jardin pour protéger ses plants de tomates, allonger la saison, récolter plus longtemps. Le geste paraît vertueux. Pourtant, dès qu’on regarde ce qui se passe sous le plastique ou le verre, à l’échelle d’un potager comme à celle d’une région entière, les serres posent de vrais problèmes environnementaux que la plupart des guides de jardinage préfèrent passer sous silence.

Surchauffe sous serre et gestion de la température en été

Quand on cultive sous serre entre mai et septembre, la première difficulté n’est pas de chauffer, mais d’évacuer la chaleur. Un vitrage en verre ou en polycarbonate piège le rayonnement solaire par effet de serre thermique. La température intérieure peut grimper bien au-delà de ce que les plantes tolèrent.

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Sur le terrain, cela oblige à ouvrir les ouvrants en grand, à installer des filets d’ombrage ou, dans le cas de maraîchers professionnels, à projeter de la chaux sur les parois pour réduire l’ensoleillement. Ces solutions consomment du temps, des matériaux et parfois de l’énergie (ventilateurs, brumisateurs).

Avec les vagues de chaleur récurrentes depuis quelques années, la surchauffe estivale devient un problème structurel. Les retours varient selon l’installation et la région, mais le constat général est le même : une serre mal ventilée en plein été grille les cultures au lieu de les protéger, et les solutions de refroidissement alourdissent le bilan énergétique.

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Intérieur d'une serre industrielle de tomates avec cultures hors-sol, tubes d'irrigation en plastique et substrat artificiel, symbolisant la consommation de ressources et les déchets plastiques liés aux serres.

Consommation d’eau et appauvrissement du sol sous serre

Une serre coupe les cultures de la pluie naturelle. Chaque goutte d’eau doit être apportée par arrosage, manuellement ou via un système goutte-à-goutte. En apparence, on maîtrise mieux la ressource. En pratique, le sol sous serre se dégrade plus vite qu’en plein champ.

Le premier mécanisme est la salinisation. L’eau d’arrosage, même potable, contient des sels minéraux. En plein air, la pluie lessive régulièrement le sol et dilue ces sels. Sous serre, ils s’accumulent couche après couche, saison après saison. Au bout de quelques années, le sol devient hostile à beaucoup de cultures.

Le deuxième problème, c’est la vie biologique. Un sol privé de pluie, de vent et de la diversité végétale sauvage finit par perdre ses micro-organismes. On crée ce que certains maraîchers appellent un « désert artificiel » : un substrat techniquement cultivable, mais biologiquement appauvri. Pour compenser, on ajoute des engrais, du compost, parfois des produits de traitement, ce qui alourdit l’empreinte globale.

Plastique et polycarbonate : le cycle de vie des matériaux de serre

Le choix du matériau de couverture a un impact direct sur l’environnement. Les serres tunnel utilisent des bâches en polyéthylène qu’il faut remplacer régulièrement. Les serres rigides en polycarbonate ou en verre durent plus longtemps, mais leur fabrication est énergivore.

Voici les problèmes concrets liés aux matériaux :

  • Les bâches plastiques se dégradent sous l’effet des UV et libèrent des microplastiques dans le sol environnant, parfois directement dans les planches de culture
  • Le remplacement régulier des films plastiques génère un volume de déchets que la plupart des déchetteries classent en « tout-venant », sans filière de recyclage dédiée
  • Les structures en aluminium et en polycarbonate ont une empreinte carbone de fabrication significative, compensée uniquement si la serre reste en service pendant de nombreuses années
  • Le nettoyage annuel des parois (verre ou polycarbonate) nécessite parfois des produits chimiques pour éliminer les algues et les dépôts calcaires

Une serre abandonnée ou mal entretenue devient un déchet encombrant dont personne ne veut. On voit régulièrement des structures rouillées avec des lambeaux de bâche dans les jardins ou en bordure de parcelles agricoles.

Impact environnemental des serres intensives à grande échelle

À l’échelle d’un jardin, l’impact reste modeste. À l’échelle d’une région, les dégâts changent de nature. Le complexe de serres d’Almería, dans le sud de l’Espagne, est régulièrement cité comme exemple des dérives de l’agriculture sous serre intensive.

Sur ce territoire, l’artificialisation massive des sols a transformé le paysage en une mer de plastique visible depuis l’espace. La consommation d’eau dans cette zone aride met sous pression des nappes phréatiques déjà fragiles. Les plastiques usagés s’accumulent, et les conditions de travail des saisonniers ont été dénoncées à plusieurs reprises.

Ce modèle alimente les supermarchés européens en tomates et en concombres toute l’année. On achète des légumes « frais » cultivés sous serre chauffée ou dans des régions où l’eau manque, puis transportés sur des centaines de kilomètres. Le bilan carbone de ces circuits dépasse souvent celui de légumes de saison cultivés en plein champ, même avec un rendement plus faible.

Serre abandonnée avec bâche en polyéthylène déchirée et déchets plastiques éparpillés sur le sol agricole, illustrant la pollution plastique générée par les serres en fin de vie.

Serres de jardin et environnement : réduire les dégâts

Faut-il pour autant renoncer à toute serre ? Pas forcément. On peut limiter les dommages avec quelques pratiques concrètes :

  • Privilégier une serre en verre ou en polycarbonate durable plutôt qu’un tunnel plastique à renouveler fréquemment
  • Faire tourner les cultures et apporter du compost pour maintenir la vie du sol sous serre
  • Réserver la serre à l’intersaison (printemps et automne) et cultiver en plein air dès que la température le permet
  • Récupérer l’eau de pluie pour l’arrosage afin de limiter la salinisation liée à l’eau du réseau

L’idée n’est pas de diaboliser la serre de jardin, mais de mesurer ce qu’elle coûte réellement au sol, à l’eau et au climat. Une serre utilisée à bon escient, pendant les bonnes périodes, avec des matériaux durables, reste un outil utile. Une serre chauffée en hiver pour produire des tomates en janvier, ou un modèle intensif qui épuise les nappes phréatiques, pose un problème environnemental réel que le mot « serre » seul ne suffit pas à résumer.

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