La notion de fleur verte pour les pollinisateurs mérite d’être précisée : il ne s’agit pas uniquement de la couleur du pétale, mais de la capacité d’une plante à produire du nectar et du pollen accessibles aux insectes. Les abeilles, bourdons et papillons s’orientent autant par le parfum et la forme de la fleur que par sa teinte. Une floraison verdâtre ou un feuillage dense n’exclut donc pas la présence de ressources nourricières.
Pourquoi les fleurs vertes attirent aussi les abeilles et les papillons
Les insectes pollinisateurs ne perçoivent pas le spectre coloré de la même façon que l’oeil humain. Ils sont particulièrement sensibles aux ultraviolets, aux bleus et aux jaunes, mais une fleur verte n’est pas pour autant ignorée. Ce qui compte en premier lieu, c’est la disponibilité en nectar et en pollen, la forme de la corolle et l’odeur émise par la plante.
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Certaines plantes à floraison discrète ou verdâtre font partie des meilleures sources de nourriture pour les pollinisateurs. La molène, l’euphorbe ou encore l’alchémille produisent des fleurs de couleur pâle ou verte qui attirent régulièrement les abeilles sauvages. Ce qui les caractérise, c’est une floraison ouverte, accessible, sans obstacle pour les pièces buccales des insectes.
Le parfum et l’accessibilité de la fleur priment sur la couleur pour orienter les pollinisateurs vers une plante.
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Fleurs et plantes vertes mellifères à planter au jardin
Plusieurs espèces à dominante verte ou à floraison discrète méritent une place dans un jardin tourné vers la biodiversité. Elles se distinguent par leur richesse en nectar ou pollen, et par leur capacité à fleurir à des périodes où d’autres plantes sont absentes.
- L’alchémille (Alchemilla mollis) : ses fleurs jaune-vert minuscules attirent de nombreux insectes à partir du printemps. Vivace, facile à installer en bordure ou sous les arbustes, elle supporte les sols frais et les mi-ombres.
- L’euphorbe (Euphorbia) : ses bractées vertes ou jaune chartreuse constituent une source de nectar tôt en saison, dès la fin de l’hiver pour certaines espèces. Elle convient aux sols bien drainés et aux expositions ensoleillées.
- La molène (Verbascum) : ses épis fleuris attirent les bourdons et les abeilles solitaires. Elle s’installe facilement dans les sols pauvres et secs, souvent en lisière ou en zone de gravier.
- La phacélie (Phacelia tanacetifolia) : bien que sa floraison soit bleu-mauve, son feuillage et sa tige sont très verts. Elle figure parmi les plantes les plus mellifères connues, souvent utilisée comme engrais vert. Elle se sème directement en place, au printemps ou en automne.
- L’aneth (Anethum graveolens) : cette plante aromatique au feuillage plumeux et vert produit des ombelles légères très visitées par les syrphes et les petites abeilles. Elle pousse en plein soleil dans un sol ordinaire.

Floraison échelonnée : nourrir les pollinisateurs du printemps à l’automne
Un jardin favorable aux pollinisateurs n’est pas un massif qui fleurit seulement en juin. L’objectif est de maintenir une disponibilité en nectar et pollen sur la totalité de la saison active des insectes, soit du début du printemps jusqu’à l’automne.
L’euphorbe prend le relais dès la fin de l’hiver. L’alchémille et la phacélie couvrent le printemps. L’aneth et les ombelles de carottes sauvages fleurissent en été. En fin de saison, les séneçons, les solidages et certaines asters prennent le relais pour alimenter les dernières colonies avant l’hiver.
Associer des espèces à floraison décalée est la méthode la plus efficace pour maintenir les pollinisateurs présents tout au long de la saison.
Plantes indigènes et plantes hôtes : aller au-delà de la fleur nectarifère
Attirer les pollinisateurs ne se limite pas à offrir du nectar. Les papillons et les papillons de nuit ont besoin de plantes hôtes pour pondre leurs oeufs : leurs chenilles dépendent souvent d’un nombre très restreint d’espèces végétales pour se nourrir. Planter une fleur mellifère sans prévoir ces plantes nourricières revient à construire un restaurant sans offrir de logement.
Favoriser les espèces végétales indigènes répond à ces deux besoins à la fois. L’Office français de la biodiversité recommande de privilégier les espèces indigènes d’origine locale lors des plantations destinées à soutenir la faune sauvage. Ces plantes ont co-évolué avec les pollinisateurs locaux : elles leur fournissent un nectar adapté et servent souvent de plantes hôtes aux larves.
Parmi les plantes indigènes à floraison verte ou discrète utiles aux pollinisateurs, on peut citer l’origan, la carotte sauvage, la bourrache ou encore le trèfle blanc. Ces espèces se trouvent facilement en graineterie spécialisée ou en pépinière orientée vers la biodiversité.
Conditions de culture : adapter le choix des plantes à son jardin
Chaque plante mellifère a ses exigences propres. Planter une espèce inadaptée au sol ou à l’exposition produit une plante chétive, peu fleurie, qui n’attire presque rien. La première condition pour que les pollinisateurs visitent un jardin est que les plantes s’y développent bien.
- Sol sec et bien drainé : l’euphorbe, la molène et la sauge conviennent. Ces plantes tolèrent la chaleur et n’ont pas besoin d’arrosage régulier une fois installées.
- Sol frais ou humide : l’alchémille, la reine-des-prés et la menthe s’y épanouissent. Elles produisent une floraison abondante qui attire syrphes, abeilles et papillons.
- Mi-ombre ou ombre légère : la pulmonaire et certaines espèces de géraniums vivaces fleurissent bien sans plein soleil, avec un bon potentiel mellifère au début du printemps.
Observer son jardin avant de choisir – type de sol, ensoleillement, humidité – évite les erreurs d’installation et garantit une floraison réelle, donc une attractivité durable pour les insectes.
La complémentarité entre espèces à différentes hauteurs compte aussi : une strate basse (trèfle, alchémille), une strate intermédiaire (aneth, phacélie) et une strate haute (molène, fenouil) multiplient les niches disponibles et diversifient les pollinisateurs présents. Un jardin à une seule hauteur, même bien fleuri, ne suffit pas à accueillir toute la diversité des insectes utiles.

